Peut-on encore espérer un débat public entre Ségolène Royal et François Bayrou ? Ou bien son annulation sera-t-il la première manifestation, avant l’heure de ce que sera « l’Etat-Sarkozy ».
Les règles de la démocratie télévisuelle ont bon dos. Elles représentent surtout l’intérêt, pour Nicolas Sarkozy, d’éviter qu’un débat entre Ségolène Royal et François Bayrou ne fasse apparaître que les convergences sont aussi importantes que les divergences entre les deux candidats, ce qui est sans doute la seule chance de lui barrer la route de l’Elysée.
Alors, Sarkozy verrouille. De tous côtés. Côté presse quotidienne, il a suffi que le candidat de l’UMP annonce son refus de participer au forum organisé par le Syndicat national de la presse quotidienne régionale pour que son président renonce à toute velléité.

Des pressions politiques ? Que nenni ! Chaque candidat est libre de son agenda ! Sarko n’est pas Bayrou-compatible et cela suffit à priver les citoyens qu’un fonctionnement minimal de la démocratie impose pourtant.
Après le Spqr, ce fut au tour de Canal + de se déculotter.
Là encore, Sarkozy « n’a rien fait ». Son staff s’est contenté de faire savoir aux dirigeants de Canal+ qu’il ne répondrait à aucune invitation destinée à compenser, en termes de temps de parole, l’organisation du débat Bayrou-Royal.
Le CSA ne semble être pour rien dans cette affaire, qui a démenti toute intervention. L’entière responsabilité de l’annulation du débat revient donc à Bertrand Méheu, le patron de Canal+, peut-être en concertation avec le Pdg du groupe René Fourtoux, malgré les dénégations de son directeur général Rodolphe Belmer : « Je récuse formellement toute pression. Canal+ est une chaîne totalement indépendante. On le prouve tous les jours. C’est quelque chose qu’on ne peut pas accepter ».

La chaîne aurait, selon lui, renoncé au débat en raison d’« un problème extrêmement trivial: “l’équilibre du temps de parole” ».
Or, l’argument ne tient pas : rien n’empêchait Canal+, en cas de refus de Nicolas Sarkozy, de planter ses caméras à un ou deux meetings du candidat de l’UMP pour compenser la demi-heure de temps de parole concédée à Ségolène Royal.
Seulement, pour cela, il eut fallu que la direction du groupe ne dépende nullement de l’Etat à aucun niveau.
Il eut fallu que Nicolas Sarkozy ait donné l’impression de pouvoir devenir un président magnanime capable de ne pas sanctionner ceux qui n’ont pas obtempéré à ses vœux de candidat.
Il eut fallu que l’espace médiatique soit vraiment indépendant des milieux financiers et politiques.
En l’occurrence, le groupe Canal+ et la presse quotidienne régionale ont fourni la plus belle illustration qui soit aux accusations qu’a porté François Bayrou contre le système médiatique.
A l’heure qu’il est certains médias – BFM, Libération, Marianne – tentent d’organiser ce débat, ce qui n’est pas sans poser des difficultés dont aucune n’est insurmontable du moment que la volonté politique subsiste parmi les staffs de Royal et Bayrou.
Rien n’empêcherait non plus les chaînes parlementaires de se joindre à ce « bouquet médiatique ».
Mais tout laisse plutôt à penser que son Pdg, Jean-Pierre Elkabbach se prépare à un week-end de détente loin de toute cette agitation.
Mettez-vous à sa place : entre le destin qui l’attend si Sarko est élu et le risque de voir son nom à nouveau scandé place de la Bastille le 6 mai, le choix a dû être rapide …
(Philippe Cohen - Marianne)

Ségolène Royal s’en prend au système médiatico financier lié à Nicolas Sarkozy
Pour la candidate socialiste, ce “système” veut empêcher son débat avec François Bayrou qui devrait avoir lieu sur la chaîne d’info en continu de la TNT, BFM TV, samedi après-midi.
Ségolène Royal a accusé, vendredi 27 avril, devant la presse, “le système médiatico-financier auquel est lié Nicolas Sarkozy” de vouloir empêcher son débat avec François Bayrou, et a “encouragé (…) tous les journalistes à résister aux pressions de toutes sortes”.
Le débat devrait finalement avoir lieu samedi après-midi sur la chaîne d’info en continu de la TNT, BFM TV, selon une information de nouvelobs.com.
Ce débat était d’abord prévu samedi matin sur Canal+, où il avait dû être annulé.
“Je crois que le système médicatico-financier auquel est lié Nicolas Sarkozy a, comme le dit François Bayrou, essayé de faire en sorte que ce débat (avec le candidat UDF) n’existe pas”, a déclaré la candidate socialiste à l’issue d’une rencontre à Paris avec la presse quotidienne régionale.

Liberté d’expression
“Mais les électeurs, les citoyens ont quand même droit à la liberté d’expression de responsables politiques qui veulent parler ensemble de l’avenir de la France. Dans le cadre d’une élection présidentielle, aucun débat ne doit être interdit”, a-t-elle affirmé.
La candidate PS a lancé: “heureusement il y a des médias qui ne subissent pas cette pression médiatico-financière, il en reste”.
“J’encourage tous les journalistes à résister aux pressions de toutes sortes, on ne voit ça dans aucun autre pays démocratique. C’est quand même tout à fait surprenant”, a-t-elle ajouté.
Bayrou accuse Sarkozy
Vendredi matin, sur RTL, François Bayrou a indiqué avoir “la certitude” que Nicolas Sarkozy avait exercé des pressions pour faire annuler le débat envisagé par Canal+ entre Ségolène Royal et lui-même.
Lorsque j’ai tenu une conférence de presse mercredi, j’ai parlé de la part de Nicolas Sarkozy d’intimidation et de menace.
C’est exactement là qu’on en est, a affirmé François Bayrou.

“J’en ai la certitude”
“Je n’en ai pas la preuve mais j’en ai la certitude”, a répondu François Bayrou, interrogé pour savoir s’il pensait que Canal+ avait renoncé à organiser un tel débat “à la demande de Nicolas Sarkozy”.
La chaîne en avait d’abord exprimé l’intention, avant de revenir jeudi en arrière, invoquant les obligations légales en matière de temps de parole des candidats à la présidentielle.
Le candidat centriste, qui a obtenu 18,57% des voix le 22 avril, a dénoncé “la propension” de Nicolas Sarkozy à “verrouiller” l’information, mais a assuré que ce débat entre la candidate socialiste et lui-même aurait lieu.
“Par toute une série de réseaux, qui rapprochent de très grandes puissances financières et médiatiques autour de Nicolas Sarkozy, les interventions directes sont faites auprès des rédactions, auprès des chaînes de manière que l’information se trouve verrouillée”, a-t-il dit.
Au PS
De son côté, Jack Lang, conseiller spécial de Ségolène Royal, a jugé qu’il s’agissait d’une “atteinte intolérable à la liberté d’expression”, et dénoncé des “pressions politiques” pour empêcher la “libre confrontation entre deux personnalités nationales”. “Il aurait suffi à Canal Plus de proposer à M. Sarkozy, un droit d’expression correspondant”, a-t-il dit, alors que le Conseil supérieur de l’audiovisuel a fait savoir qu’il n’était “pas intervenu auprès de Canal+”.
(NouvelObs.com)

Le SNJ dénonce une “bavure” de la campagne, un “déni de démocratie”
Le Syndicat national des journalistes (SNJ, premier syndicat de la profession) brocarde vendredi le “pitoyable feuilleton du débat empêché entre Ségolène Royal et François Bayrou”, y voyant l’une “des bavures majeures de la campagne électorale”.
Il “dénonce avec vigueur ce déni de démocratie”.
Dans son communiqué, le SNJ fustige “l’arithmétique pointilleuse du CSA” (Conseil supérieur de l’audiovisuel) et “le poids des sympathies auprès du candidat Sarkozy”.

“Le devoir d’informer subit une entrave insupportable dans une démocratie comme la nôtre”, considère le syndicat en dénonçant encore “les concentrations excessives dans la presse française”, “les amitiés particulières entre le monde politique et les directions des médias” et “la façon dont sont nommés les membres du CSA”.
Le Conseil supérieur de l’audiovisuel est composé de neuf membres nommés par décret du président de la République. Trois sont désignés par le président de la République, trois par le président du Sénat et trois par le président de l’Assemblée nationale.
Le SNJ se dit conforté “dans sa lutte pour une véritable indépendance des médias, des équipes rédactionnelles et l’inscription dans la Constitution du droit à une information honnête, complète, pluraliste et indépendante des pressions politiques”.
AP

Le débat Royal-Bayrou devrait être diffusé samedi après-midi sur BFM TV
BFM TV, chaîne d’info en continu, est accessible sur le câble et la TNT. Devant la défection de la PQR et de Canal Plus, accusées d’avoir cédé aux “pressions” de Sarkozy, plusieurs organes de presse s’étaient portés candidats.
Le débat entre la candidate socialiste Ségolène Royal et le leader de l’UDF François Bayrou devrait finalement avoir lieu samedi après-midi sur la chaîne d’info en continu de la TNT, BFM TV, selon une information de nouvelobs.com. Ce débat, un temps prévu par la candidate socialiste, vendredi, lors d’un forum avec la Presse quotidienne régionale, avait dû être annulé. Il avait été alors prévu samedi matin sur Canal+. Mais la chaîne s’est elle aussi désisté, revendiquant des problèmes d’équité de temps de parole.
Les quotidiens Le Parisien et Libération, ainsi que l’hebdomadaire Marianne, ont alors proposé d’organiser le débat entre François Bayrou et Ségolène Royal.

- Le Parisien avait déjà fait savoir, mercredi soir, qu’il était prêt à accueillir le débat dans les locaux de Saint-Ouen. Il a relancé sa demande hier soir, devant, dit un des responsables de la rédaction, le “pateaugage” de l’affaire et l’a fait savoir aux équipes des deux leaders politiques. Le journal attend une éventuelle réponse.
- Libération s’est, vendredi, “prêt à organiser le débat”. Estimant que “les électeurs ont légitimement droit à ce débat”, le journal déclare que “n’étant pas assujetti aux règles (d’égalité) du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA), Libération est prêt à organiser la rencontre, tant dans le quotidien que sur son site web”.
- L’hebdomadaire Marianne s’est déclaré, jeudi, prêt à organiser le débat entre Ségolène Royal et François Bayrou devant quelques abonnés du journal et à y inviter “les radios et les télévisions”, a-t-il affirmé jeudi dans un communiqué.
Marianne a précisé avoir déjà “contacté” la candidate socialiste et François Bayrou à ce sujet. L’hebdomadaire La Vie (groupe Le Monde) s’est associé vendredi à la proposition de Marianne d’organiser le débat, face aux “pressions qui semblent s’accumuler” pour empêcher sa tenue.

Si par malheur …
MEME André Santini a fini par en perdre son humour légendaire: le député UDF, qui fut l’un des premiers à rallier Sarkozy trouvait hier que le débat Royal-Bayrou était “anti-démocratique, et même anticonstitutionnel”. C’est dire si l’initiative de cette discussion énerve fortement le camp adverse. Et Sarkozy lui-même qui n’a trouvé mieux que de le qualifier de “tragi-comédie un peu ridicule”.
C’est que, paradoxalement, depuis sa victoire au premier tour, Nicolas Sarkozy a perdu la main. De qui parle-t-on depuis le début de la semaine ? De Ségolène Royal et de ses initiatives. Et, ce qui doit l‘énerver plus encore, de François Bayrou, l’homme à qui il n’a plus parlé depuis trois ans, depuis ce jour de 2004 où après lui avoir proposé un pacte contre Chirac, Bayrou l’a sévèrement remis à sa place: “Je ne veux pas faire d’alliance avec toi. Je ne veux pas faire d’alliance contre Chirac sur le critère de l’âge. Cela ne me ressemble pas. Alors tu fais ce que tu veux, mais moi, je ne le ferai pas”.

Ce genre d’humiliation, Sarkozy le sanguin ne l’a sans doute pas oublié. Pour lui, “le débat contradictoire doit avoir lieu entre Mme Royal et moi, parce que le dimanche 6 mai (…) il n’y aura pas de bulletin Bayrou”. Au point de mettre des bâtons dans les roues à tous ceux disposés à organiser cette confrontation. D’abord devant le Syndicat de la presse quotidienne régionale où Sarkozy et Ségolène devaient se succéder et où, visiblement, le candidat UMP n’entendait pas jouer le rôle de vedette américaine. Il y a mille manières d’exercer des pressions.
Un responsable de la presse régionale a assuré que l’entourage du candidat UMP avait assuré que “sa propre participation” au forum du SPQR serait alors compromise…Que s’est-il passé avec Canal + ? Toujours est il qu’in extremis, la chaîne a fait savoir qu’elle n’organiserait pas ce débat, pourtant annoncé en début d’après-midi par les équipes de Bayrou et Royal, invoquant les règles d’égalité de temps de parole entre les candidats. Un motif “ridicule”, pour employer les mots de Sarkozy, car rien n’était plus simple, si Ségolène Royal avait utilisé une heure d’antenne, n’en accorder également une à Sarkozy. Si, avant même d’être élu, Sarkozy utilise de telles pratiques qu’est-ce que ce serait après, si par malheur il est qualifié ! JMB
Jean-Marcel Bouguereau (NouvelObs.com)

Lang accuse les proches de Sarkozy d’avoir “saboté” le débat Royal-Bayrou
Jack Lang, conseiller spécial de Ségolène Royal, a accusé vendredi les proches de Nicolas Sarkozy d’avoir “saboté” le débat envisagé entre la candidate socialiste et François Bayrou, mais il a affirmé sur France 2 ne pas “renoncer” à ce débat.
Canal+ avait exprimé jeudi l’intention d’organiser un débat entre la candidate socialiste et l’ancien candidat centriste, avant de revenir en arrière, invoquant les obligations légales en matière de temps de parole des candidats à la présidentielle.
Selon Jack Lang, l’équipe de campagne du candidat UMP a “refusé d’accepter le temps de parole correspondant au temps de parole de Ségolène Royal”, exerçant “une sorte de droit d’empêchement pour tenter de bloquer ce débat”.

“Le CSA, à ma connaissance, n’a rien imposé (…) Un temps de parole a été proposé à M. Sarkozy par Canal+ soit samedi soit dimanche”.
Jack Lang a ajouté que la chaîne cryptée “n’avait pas à se soumettre à cette opération d’intimidation“. Pour autant, a-t-il assuré, “il n’est pas question de se laisser impressionner”.
Si Canal+ s’incline devant cette opération d’intimidation et de chantage, alors nous trouverons une autre chaîne ou d’autres organes de presse pour que ce débat puisse avoir lieu. Nous ne renonçons pas”




